3- L’érotisme
Les historiens sont formels : les civilisations qui ne connaissaient pas le sexe ont disparues en moins d’une génération. Certains pensent même que les premières découvertes de l’être humain après être descendu du singe, c’est dormir, se nourrir… et copuler ! (mes 3 activités favorites, comme par hasard !). Le reste on verra plus tard. Hé oui, le cul, ça existe depuis longtemps. Avant même que ça fasse vendre des bidons de lessive dans les pubs. Mais le sexe ne suffisait pas pour inventer le porno, il fallait quelques ingrédients supplémentaires.
Tout d’abord, le porno, c’est mettre une image mentale à caractère sexuel sur un support visuel quelconque. Mais avec les grottes de Lascaux, on a vu que le support visuel était acquis depuis longtemps. Et pour pouvoir mettre ses cochoncetés sous le nez des autres sans passer pour un gros dégueulasse, on a décidé d’appeler ça « art ».
Mais à part l’art, il y avait autre chose qu’il fallait avoir sous la main : sa bite ! (ou son clito, ça marche aussi) « Sans érotisme, point d’onanisme », ça, c’est acquit. Qui prétendra le contraire est un gros menteur. Ne m’obligez pas à vous rappeler où on est.
Mais l’inverse est aussi vrai. « Sans onanisme, point d’érotisme ». J’entends par là que pour inventer l’érotisme, il faut se palucher. Il faut ressentir le désir, commencer par faire le lien entre l’objet de son désir et les chatouillis entre les jambes, puis associer l’image de l’objet à l’objet lui-même. Le reste n’est qu’une question d’association. En absence physique de l’objet de son désir, l’association de son image mentale et du substitut physique qu’est la main, peut donner un résultat sympa. C’est comme ça qu’on a inventé la branlette.
Mine de rien, tout ça nécessite un certain degré d’évolution qui commence par la conscience que l’accouplement n’a pas nécessairement de vocation reproductive. Un stade d’évolution qui n’est pas atteint par la plupart des animaux, et même par certains humains encore aujourd’hui, que je ne voudrais pas me mettre à dos parce que je ne suis pas sûr qu’ils aient la lumière à tous les étages…
De la branlette au porno, il n’y a qu’un pas. Une fois qu’on commence à retrouver ses clés dans le frigo et qu’on se demande pourquoi sa culotte de la veille se retrouve dans son sac-à-main, on comprend que la mémoire n’est pas le truc le plus fiable qui soit et qu’on peut peut-être utiliser cette nouvelle invention, « l’art », pour éviter de perdre nos images mentales préférées (et en faire bénéficier les copains par la même occasion).
Les images cochonnes, c’est pas jeune
On trouve des traces de littérature érotique sur des hiéroglyphes de l’ancien Egypte et des textes anciens en Inde. Ça date pas d’hier. Quant à la représentation picturale et sculpturale, c’est un peu pareil, ça dépend de la définition qu’on y met. Je n’entrerai pas dans les détails, mais voilà une liste très incomplète de représentations anciennes liées au sexe. :
- Les statues, fresques et poterie grecques de l’antiquité
- Les mosaiques romaines retrouvées à Pompéï sur les murs d’une maison close, et même une statue du dieu Pan s’accouplant avec une chèvre qui pourrait être une des plus anciennes représentations zoophiles connues. (à vérifier)
- Des poteries péruviennes des premiers siècle de notre ére
- Le kamasutra écrit vers le VIéme siècle
- Les Shunga japonaises du XIIIeme siecle
Je vous laisse creuser la question sur internet de votre côté, j’estime avoir déjà largué suffisamment de monde à ce stade.
Une mention spéciale pour les vénus du paléolithique, qui, même si leur vocation était probablement religieuse, pourraient s’apparenter aux premières représentations à caractère érotique…
Mais le porno, c’est pas si vieux
Donc, c’est pas jeune. Mais la plupart de ces représentations avaient un but purement informatif ou esthétique, mais pas forcément vocation à booster la libido. Par exemple, les historiens pensent que les fresques érotiques de la maison de passe de Pompéi n’étaient pas faites pour motiver le client, mais plutôt pour indiquer les différentes pièces et les prestations qu’il était possible d’envisager… Le menu du jour, quoi.
En fait, il a presque fallu interdire les représentations olé-olé pour les rendre excitantes. La chrétienté a énormément fait pour l’érotisme en le rendant tabou. Un peu comme la prohibition américaine a dopé les ventes d’alcool. Donc le plus grand promoteur de l’érotisme de l’histoire n’est pas le truculent locataire du manoir Playboy, Hugh Marston Hefner, mais le Pape Pie IV qui a fait ajouter des cache-sexes aux œuvres de Michel-Ange… C’est con, hein ?
La pornographie, quant à elle, est assez récente. Si le terme signifie « dessin de prostituée » et est apparu au XVIIIème siècle, ce n’est qu’au début du XXème siècle qu’elle se concrétise vraiment, boostée par le déploiement de la photographie.
L’origine du monde (Gustave Courbet 1866)
Un gros plan sur une chatte poilue qui trône dans un des plus grands musées parisiens… quelle meilleure entrée en matière pour poser la question de la relation art – érotisme – pornographie ?
On va commencer par l’art. Pour être sincère, je crois que je n’ai jamais trouvé de définition satisfaisante de l’art. On trouve toujours un moyen d’interpréter cette définition pour en faire une grosse connerie. Quelques exemples :
- « Activité désintéressée qui a son but et sa fin en elle-même, selon un idéal esthétique. »… donc toutes les merdouilles qui sont scotchés sur les frigos maternels, c’est de l’art. Tout comme la magnifique représentation de la bataille de Waterloo faite à base de mouches sans ailes et de fourmis décapitées collées avec ses crottes de nez faite par le fils demeuré du voisin…
- « regroupe les œuvres humaines destinées à toucher les sens et les émotions du public », … je répondrai même pas tellement les contrexemples sont évidents…
Le problème de l’art, c’est que c’est un concept abstrait. Ce que j’appelle concept dans ce contexte, c’est l’ensemble des trucs que les humains ressentent ou perçoivent vaguement. Ils voient bien qu’il y a quelque chose, mais ça les dépasse. Ils sont totalement incapables de comprendre de quoi il retourne vraiment. Par exemple, l’amour, la beauté, l’intelligence…
A ce sujet, je vous encourage à voir ou revoir le film « Le libertin » de Gabriel Aghion (2000). C’est une caricature dans laquelle Vincent Perez joue le rôle d’un Diderot qui passe tout le film à chercher une définition au mot « morale » pour l’encyclopédie qu’il écrit avec Alembert.
Attention spoiler alert !... il termine par écrire « voir éthique », alors que la définition d’ « éthique » est précisément « voir morale »…
Hé bien c’est ça, un concept. Un truc dont la seule définition possible est « Démerde-toi ». Ou plus précisément, « Vis, expérimente, cours, trébuche et gagne en sagesse… et démerde-toi pour te faire tes propres définitions »
Bref, on s’en fout. L’art, dans ce qui nous intéresse aujourd’hui n’est pas absent, loin s’en faut, mais n’est pas le sujet. Et si j’étais taquin (ou j’enfoutiste), je vous dirais « l’art, c’est ce qui différencie l’érotisme de la pornographie ». Ca ferait une jolie formule, à mon avis pas complètement absurde, mais qui ne définirait pas grand-chose. Encore une autre façon de dire « démerde-toi »…
Re-bref, on met l’art de côté et on retourne à nos moutons érotico-pornographiques…
André Breton avait pour formule « La pornographie, c'est l'érotisme des autres ». Et c’est pas con du tout. Il y a une notion de pertinence dans la différence entre les deux. Le sexto envoyé par votre copine, discrète photo prise sous sa jupe sans culotte avec, en arrière-plan, l’innocent orateur du séminaire sur le harcèlement sexuel au travail auquel elle participe est érotique au possible ! En revanche, placardé en 30m par 40 sur la façade de l’arc-de-triomphe, la même photo change de ton. Elle devient vulgaire, outrageante, obscène. Elle devient pornographique.
Et si on admet qu’une même image peut être à la fois érotique ou pornographique, on ne peut que conclure que la différence entre les deux, c’est le contexte.
Le contexte, encore le contexte, toujours le contexte !